Entrevue avec Catherine Brunet

Contexte actuel

L’industrie du divertissement occupe une place importante dans l’économie québécoise. Notre province regorge d’artistes talentueux et la culture est extrêmement riche. Au cours des dernières années, plusieurs changements importants ont eu lieu. On peut penser par exemple au virage numérique important qui a grandement impacté ce domaine, ou encore au regroupement de petits groupes télévisuels maintenant devenu de grandes institutions. Ainsi, le dynamisme de cette industrie a permis à plusieurs professionnels comptables de faire valoir leur expertise tout en devenant des conseillers et supporteurs indispensables pour les différentes parties prenantes.

Jongler avec les différentes options de financement

Une des plus grandes difficultés auxquelles font face les entreprises de divertissement est le financement des productions. Les revenus des diffuseurs et les crédits d’impôt n’étant pas suffisants, les producteurs doivent souvent se tourner vers des organismes mis en place pour financer les productions québécoises et canadiennes. Les plus importants au pays sont le Fonds des Médias du Canada du côté télévisuel et Téléfilm Canada du côté du long métrage. Au Québec, la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) est également un partenaire majeur pour les contenus francophones d’ici. Plusieurs autres fonds sont disponibles pour divers types de productions et il est du quotidien du comptable qui travaille dans des sociétés de production de se tenir au courant des divers fonds et leurs politiques. 

Un autre enjeu auquel font face les entreprises de divertissement est le délai entre l’engagement des coûts de production et la réception des différents intervenants à la structure de financement. En effet, environ le tiers du financement de projets artistiques provient de crédits d’impôt qui sont généralement récupérés plusieurs mois après que le projet soit complété et les modalités de paiements des diffuseurs et fonds ne suivent pas nécessairement les sorties de fonds des productions. De ce fait, il est primordial que le comptable comble les manques à gagner en saisissant les opportunités de financement disponibles afin d’assurer la saine santé financière de l’entreprise. Ce sera souvent au comptable de négocier avec des banques spécialisées dans l’industrie qui offrent des prêts adaptés à la réalité de ces entreprises. 

Également, lorsqu’un format de série télévisée québécoise fonctionne bien, certains producteurs ont la possibilité de vendre leurs contenus au Canada anglais ou à l’international. À titre d’exemple, on peut penser au format québécois d’Un gars, une fille qui a été exporté dans plusieurs marchés à travers le monde. Ainsi, afin de faciliter le processus d’achat, l’expert-comptable joue un rôle important de conseiller et supporte le producteur à travers ce processus.

Au cours de ses dernières années au secondaire, Catherine Brunet a vu son intérêt pour les arts ainsi que pour la comptabilité se forger. Souhaitant obtenir le titre de comptable professionnelle agréée, elle a poursuivi ses études aux HEC Montréal. Une fois sur le marché du travail, de belles opportunités d’emploi lui ont été offertes, en entreprise tout comme en cabinet, lui permettant de fusionner sa passion pour les médias et les chiffres. Elle occupe actuellement le poste de directrice principale de la branche médias et divertissements chez Demers Beaulne.


Le rôle du CPA dans l’industrie artistique

Catherine a eu la chance d’accumuler plusieurs années d’expérience autant au sein d’entreprises que de cabinets. Elle a donc pu nous éclairer sur les différentes réalités que peut vivre un comptable dans ces deux milieux. 

Comme dans toutes les autres industries, un CPA en entreprise doit porter plusieurs chapeaux et participe activement à un but commun, ce qui peut être très motivant. En effet, celle-ci a touché tant aux ressources humaines et aux opérations qu’à la comptabilité et la fiscalité, en participant également à plusieurs fusions et acquisitions de groupes en étant impliquée à tous les niveaux, de l’analyse initiale en passant par le financement, la revue diligente et l’intégration post-acquisition. L’industrie étant toujours en changement, le CPA qui œuvre en entreprise culturelle doit toujours être à l’affut de ce qui se passe dans son industrie, afin de bien conseiller les dirigeants et guider ses équipes de travail.

Puis, en cabinet, c’est surtout la diversité du travail qui a attiré et retenu Catherine. Elle nous confie qu’elle touche beaucoup plus au domaine des médias depuis qu’elle est en cabinet, car elle a beaucoup moins de tâches de nature administrative. Son poste de directrice principale lui permet de se concentrer beaucoup plus sur la relation de conseil avec ses clients, un aspect qu’elle apprécie énormément de son rôle actuel.  Enfin, Catherine étant une personne qui aime toujours apprendre, son rôle d’auditrice lui permet de toujours rester à l’affut des changements fréquents dans les normes comptables, la fiscalité et la certification.

Quoi qu’il en soit, on s’aperçoit qu’une carrière en comptabilité est tout sauf restrictive. Obtenir son titre de CPA nous permet non seulement d’être reconnus dans le monde des affaires, mais également de s’investir et de contribuer à une industrie qui nous passionne, peu importe laquelle.